Variations sur le soupçon

3 conseils pour réussir la comparaison de textes avec les enfants

Commencer par Jean de La Fontaine

Beauvais_le_savetier_et_le_financier
Le Savetier et le Financier, tapisserie de Beauvais, tirée d’une série sur les Fables de La Fontaine.

Un Savetier chantait du matin jusqu’au soir :
C’était merveilles de le voir,
Merveilles de l’ouïr ; il faisait des passages,
Plus content qu’aucun des Sept Sages.
Son voisin au contraire, étant tout cousu d’or,
Chantait peu, dormait moins encor.
C’était un homme de finance.
Si sur le point du jour, parfois il sommeillait,
Le Savetier alors en chantant l’éveillait,
Et le Financier se plaignait
Que les soins de la Providence
N’eussent pas au marché fait vendre le dormir,
Comme le manger et le boire.
En son hôtel il fait venir
Le Chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire,
Que gagnez-vous par an ? Par an ? Ma foi, monsieur,
Dit avec un ton de rieur
Le gaillard Savetier, ce n’est point ma manière
De compter de la sorte ; et je n’entasse guère
Un jour sur l’autre : il suffit qu’à la fin
J’attrape le bout de l’année :
Chaque jour amène son pain.
Et bien, que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?
Tantôt plus, tantôt moins, le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes),
Le mal est que dans l’an s’entremêlent des jours
Qu’il faut chommer ; on nous ruine en fêtes.
L’une fait tort à l’autre ; et monsieur le Curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône.
Le Financier, riant de sa naïveté,
Lui dit : Je vous veux mettre aujourd’hui sur le trône.
Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin,
Pour vous en servir au besoin.
Le Savetier crut voir tout l’argent que la terre
Avait, depuis plus de cent ans
Produit pour l’usage des gens.
Il retourne chez lui ; dans sa cave il enserre
L’argent et sa joie à la fois.
Plus de chant ; il perdit la voix
Du moment qu’il gagna ce qui cause nos peines.
Le sommeil quitta son logis,
Il eut pour hôte les soucis,
Les soupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avait l’œil au guet ; et la nuit,
Si quelque chat faisait du bruit,
Le chat prenait l’argent : à la fin le pauvre homme
S’en courut chez celui qu’il ne réveillait plus.
Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus.

Découvrir Francis Bacon

Francis Bacon est un philosophe anglais du XVIe siècle. Dans ses Essais de Morale et de Politique, il consacre un paragraphe au soupçon :

chauve_souris« Le soupçon est, parmi nos pensées, ce que la chauve-souris est parmi les oiseaux, et comme elle ne voltige que dans l’obscurité. […] il obscurcit l’esprit, éloigne nos amis, et fait que l’on marche avec moins de facilité et de constance vers le but. Les soupçons disposent les rois à la tyrannie, les époux à la jalousie et les hommes les plus sages à l’indécision et à la mélancolie. »

Après la fable de Jean de La Fontaine, Le Savetier et le Financier, de nombreux contes montrent comment le soupçon chasse de ses ailes noires toute joie de vivre.

Lire la variation de TétrasLire

Le conte « Autour du monde » de TétrasLire est un contrepoint au texte principal. Dans Soupçon, le conte s’appelle Les Ailes noires du soupçon. Librement inspiré de la pensée de Francis Bacon, il met en scène un joyeux marchand de rubans. Un joli conte à partager en famille, pour un moment de lecture à haute voix.


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